Into the Wild Tasmania : Vers le bout de monde 3

Fév
2012
12

posted by on Evènements, Trek en Tasmanie

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Je me réveille sur un matelas dans une hutte. La température est tout à fait confortable et je sors de mon sac de couchage sans rechigner. Je suis seul et je sens qu’il y a quelque chose d’étrange dans l’air. J’ouvre la porte et je me rappelle … Je suis à plus de 100 kilomètres de la première ville habitée au milieu du Sud-Ouest de la Tasmanie. Autour de moi c’est landes marécageuses, sangsues, ornières de boue et ciel changeant et pourtant un sourire illumine mon visage : C’est ce soir que j’atteins le bout du monde !!!

Etape 1: Premier jour sur l’Overland

Etape 2: Trek sur l’Overland Track Tasmanie

Etape 3 : Transition

Etape 4 : Doutes

Etape 5 : Découverte

Etape 6 : Aventure


3e étape : l’aventure

Jour 6

Jour 6

Je quitte ces marques de civilisation pour retourner à l’état sauvage. Enfin pas tant que ça car Melaleucca, c’est la transition entre la Port Davey Track et la South Coast Track. Je quitte la première pour m’aventurer dans la seconde. On voie tout de suite qu’elle est plus fréquenté car la piste a été aménagé pour préserver les tourbières. Je retrouve donc les caillebotis de l’Overland non sans délice. Mais l’étape est courte, seulement 9k, mais elle est riche en sens. Car, au bout de cette étape, il y a la mer ! Le bout du monde, le bleu qui s’étend jusqu’à l’Antarctique. Cette motivation en plus de la facilité de la piste me font parcourir les premiers 6km en un poil plus d’une heure. Ensuite la piste devient un peu plus accidenté mais rien de bien terrible.

Soudain j’arrive à un gros bosquet que traverse la piste. Je m’élance au travers quand soudain, je m’arrête net. Je lève les yeux, et mon cœur oublie de battre quelques secondes. La joie envahit mon corps en même temps qu’un sourire s’accroche à mon visage. Devant moi, du sable, beaucoup de sable blanc et fin qui s’envole légèrement au gré des rafales donnant un aspect mystique à cette plage. Car c’est bien une plage de sable bordée d’une eau bleu clair quasi sans vagues. Quelques mouettes jouent avec les quelques vagues, d’autres se gaussent de cette belle journée et de cet intrus qui pointe son nez à l’orée du bosquet. Je reste là quelques instants à contempler la scène qui, après tant de boue et de pluie, me semble totalement surréaliste. Puis, je réajuste mon sac et longe cette immense bande blanche de mon pas décidé, humant l’air marin à pleines narines, savourant chaque brises iodés … Je suis à la maison !

Enfin ... la mer !

La plage et ses trésors, la plage et ses mystères, la plage et la place de choix qu’elle occupe dans mon coeur. Rapidement, je voie les crabes se cachaient à mon approche, les reflets argentés sur les écailles de quelques poissons jouant non loin de la surface, et bien sur les reliques marines déposées par les marées successives. Du bois flotté, des filets emmêlés, des poissons mort dont un impressionnant cadavre de raie et, encore plus impressionnants des os de baleine ! Impressionnant c’est vrai mais pas surprenant quand on sait que ces baies ont servis pendant des siècles d’abris aux cétacés qui y venaient durant le mauvais temps. Ensuite, l’homme moderne est arrivé et les baleines ont disparu ne laissant que ces reliques de leur présence.

Jolie raie !

Os de baleine ... Crane ...

Il fait beau et j’arrive trop rapidement à mon campement après avoir parcouru l’étape la plus facile de mon périple. Il est environ midi, ma tente est monté et j’ai toute une après midi à occuper. Je décide d’explorer un peu les environs quand je découvre une ligne avec un hameçon. Mon instinct de pécheur se réveille et en un instant, je suis dans les rochers à chercher des coquillages pour me servir d’appâts. Quelques moules font l’affaire et rapidement ma ligne est à l’eau. J’ai une furtive pensée pour les aventuriers de Koh Lanta qui ont certainement essayé de pécher avec un bout de fil et un hameçon perché sur les rochers. Mais avant que je pousse ma réfléxion et à ma grande surprise, je sens la caractéristique vibration d’une attaque. Je « ferre » et après un long combat de 10 secondes (j’ai réussi à emméler le fil autour de ma jambe), je sors de l’eau un poisson. Aha ! La pêche ça a quelques choses de fantastique. J’ai aucune idée du nom du poisson mais je sais ce que je vais en faire … le manger !

Mon fameux poisson

Je rentre à mon camp, alllume un feu, ramasse des herbes aromatiques que j’avais repéré, place une pierre plate et légère creuse au milieu du foyer et après quelques minutes y dépose mon poisson pour le faire revenir dans de l’eau de mer …. Non, sans déconner vous avez vraiment cru que j’avais fait ça ? On est dans un parc national, les feux sont interdits et j’ai aucune connaissances des herbes de la région ! Y a pas marqué Bear Grylls sur mon front !  Ma préparation consista plutôt à le faire bouillir dans ma théière. Fade et loin d’être appétissant, c’est ce qui ressort de ce repas, mais j’ai attrapé et cuisiné ma pitance et quelques part j’en suis fier. Je le suis un peu moins quand plus tard en rentrant d’une balade le long de la plage il y a un serpent d’environ 2 mètres qui traine autour de ma tente. Heureusement, il a plus peur de moi et fuis. Est ce que je tente de l’attraper et le faire bouillir lui aussi ? Mmmhh … J’ai mon quota de survie pour la journée et je me rabat donc sur mon traditionnel diner du champion (oui, c’est la même chose que le petit déj’).

Jour 7

Jour 7

Tiens, le ciel s’est couvert, c’est ce que je constate en me levant ce matin. Je range mes affaires dans mon sac et longe la plage vers la suite de la piste. Pour rejoindre cette nouvelle piste je dois contourner une falaise en passant par la mer. Avec de l’eau mi-cuisse, je contourne et trouve finalement mon chemin. La piste est plate et relativement facile. Depuis le temps, je ris des flaques de boue qui parsèment mon parcours. Ensuite, j’ai une ascension assez raide d’une heure qui m’ouvre un magnifique panorama sur Cox Bight et finalement un longue et douce descente dans la vallée voisine. Une pluie fine m’accompagne sur la fin du parcours mais tout est facile. Ce début de la South Coast track me semble facile, trop facile ! Heureusement, la difficulté devrait revenir le lendemain avec la traversé des Ironbound Range. Je fini la journée dans le campement situé au détour d’une rivière peu profonde.

Jour 8

Jour 8

Je me lève tôt car la journée s’annonce longue et difficile. La forêt ou se trouve mon campement est au pied des Ironbound Range, une petit chaine de montagne qui s’élève très rapidement à plus de 900m d’altitude. En quelques sortes, ça me rappelle l’ascension de la Rhune que j’ai fait tant de fois étant plus jeune avec mes grand-parents. Motivé et prêt à souffrir, je quitte mon campement et je regarde de l’avant. Non, je regarde de l’avant au sens propre car impossible de trouver la piste qui mène au pied de la montagne. La végétation est dense et je me perd, je me retrouve, je rebrousse chemin, je peste contre ma stupidité et les indications pourris. Finalement après une heure, je trouve enfin mon chemin vers la souffrance. Au moins, je me suis levé tôt pour une bonne raison.

La suite c’est deux heures de raides montés entre les rochers. Finalement les promenades de mon enfance me semble une partie de plaisir à coté de ça. Mais, à grimper sans douleur triomphe sans gloire ! Le bon coté c’est que je suis témoin de vue splendide de la cote et je peux même deviner mon parcours. Arrivé au sommet je me rend compte qu’un vent froid s’est levé et en un instant me glace les os. Je ne traine pas trop et entame rapidement la descente. J’avais pensé que la monté était difficile, la descente fut encore plus terrible. Car, en plus du dénivelé, l’environnement est humide et glissant. Des arbres tombés, des racines, de gros rochers bloquent sans arrêt un chemin déjà très accidenté. Je met mes cuisses et genoux à rude épreuve mais je continue à progresser. Lentement, certes, mais j’avance et c’est ce qui importe.

Une mer de nuages

Puis, petit à petit il y a moins de dénivelé, le sol s’assèche et la végétation se dédensifie (nouveau mot !). Rapidement, je retrouve la mer que je surplombe et dans le plaisir de marcher dans un environnement plat, j’arrive à mon nouveau camp s’en réellement m’en apercevoir. Je monte ma tente et lis un peu sous le soleil. Alors que les nuages, peu à peu, arrivaient, j’étais très loin de penser que j’allais vivre le moment le plus ridicule de mon aventure.

Magnifique vue sur la cote

C’est vers 18h que la pluie a recommencé à tomber. Rien de bien particuliers jusqu’à présent car la pluie qui arrive sans prévenir je commence à connaitre. Je suis dans ma tente à lire quand je voie les premiers éclairs. Le tonnerre gronde et la pluie tombe de plus belle. Une heure passe pendant que l’orage bat son plein et je m’apprête à passer une nuit bercé par la pluie quand j’ai un étrange sentiment. J’ai l’impression que le sol est différent, plus mou, plus mobile, il ressemble étrangement à de l’eau. Oh non ! J’ouvre légèrement ma toile de tente et touche le sol, je constate avec un mélange de stress et d’amusement que ma tente est au milieu d’une flaque d’environ 5 cm de profondeur. Heureusement ma tente est parfaitement étanche, mais je peux pas passer la nuit comme ça, c’est pas très sure. Comme il pleut toujours assez fort et que j’ai pas envie de mouiller mes habits (qui m’aident à me tenir chaud la nuit), je sors en sous-vêtements tenter de drainer toute cette eau ailleurs. Imaginez moi, en caleçon sous la pluie à tenter de faire une petite tranché pour drainer l’eau de sous ma tente … Ahum ! Je met une dizaine de minutes à réaliser que ça ne me mènera nulle part.Si je ne peux chasser l’eau alors je dois bouger ma tente. J’enlève les sardines et l’a fait glissé de quelques mètres au sec. Super, mais je suis quand même trempé et couvert de terre, alors mouillé pour mouillé je vais me rincer dans le cours d’eau voisin avant de retourner au sec dans ma tente. Ok, la prochaine fois, même si il fait beau, je ferai attention ou je monte ma tente !

Jour 9

Jour 9

Le lendemain, la pluie s’est arrêté mais le temps reste menaçant. Comme j’en ai un peu raz le bol de finir de marcher vers 13h et de passer l’après midi à glander, j’ai décidé de combiner les 2 prochaines étapes pour un total de plus de 20km. Je marche tranquillement entre les racines glissantes, les flaques de boue et les cailloux, quand après une heure, je croise le chemin d’un gars marchant dans le sens inverse. Salutation d’usage et le seul randonneur que j’ai croisé lors de mon périple est derrière moi. Ensuite, j’arrive à Prion Beach qui semble s’étendre jusqu’à l’infini. Au bout de celle ci, je dois à nouveau utiliser le système des bateaux à rame pour traverser un bras de rivière. Le vent s’est levé et la tâche n’est pas forcément aisé mais je suis un pro de la rame maintenant.

L'interminable Prion Beach

Le site de camping proche du bateau et très accueillant mais il est 13h et j’ai dit que je faisais une double étape aujourd’hui. Je continue donc et la suite devient plus difficile, c’est une alternance de monté et descente plutôt raide et parfois dans le sable combiné à des traversées de cours d’eau gonflé par les pluies récentes.

Les fameuses plages de cailloux ... Horrible !

Le final est d’autant plus terrible car je dois traverser une plage de gros cailloux glissant dans le vent et la pluie. C’est typiquement le genre de terrain ou l’on peut se casser un jambe en moins de deux. J’avance donc lentement et précautionneusement jusqu’à une cascade. Je l’escalade et derrière quelques arbres ras je découvre mon campement. Après plus de 8 heures de marche dans le vent et la pluie, la boue et les racines, je suis rincé et j’ai froid. D’ailleurs même dans la chaleur relative de mon sac de couchage je met très longtemps à me réchauffer.

La cascade à escalader

Jour 10

Jour 10 -Over Exposed -

Ce matin, c’est le grand ménage car si tout se passe bien je devrais pas être amené à utiliser ma tente à nouveau. Il y a un peu moins de 20 kilomètres à parcourir mais je dois traverser une petite chaine de montagne, South cape Range et trois plages avant d’arriver à la fin du trek. En marchant les premiers mètres, je m’amuse de la date, on est le 11/11/11 ! Bon, on s’occupe comme on peut. Durant la première montée de la première colline, je glisse sur une plaque de boue et en voulant me rattraper je me coupe à la main. C’est pas très profond mais juste dans la pliure ça saigne pas mal. Pause, je désinfecte, un pansement, un bisou et c’est reparti ! Comme je le pensais le parcours est loin d’être évident. La fatigue de ces derniers jours n’aidant pas, je monte et descend dans l’environnement boueux habituel. La transition entre les 2 dernières plages et particulièrement éprouvante, mais la beauté des vagues qui déferlent sur la cote me fait oublier un peu ma douleur. Bien entendu, les plages sont couvertes de grosses pierres instables qui ralentissent considérablement ma progression tout en engendrant beaucoup de fatigue.

C'est fini !!!!

Heureusement, les derniers kilomètres sont plats et agréables dans un sentier plus ou moins aménagé. Puis soudain, j’arrive à une petite hutte, la hutte de désinscription ! Ça y est, je l’ai fait, j’ai parcouru les 150km du trek ! Malgré toutes les épreuves de la nature et de mon esprit, j’ai accompli mon objectif. Fini la boue, la pluie, les pentes glissantes, les rochers et les sangsues ! Je suis le plus heureux des hommes … à nouveau ! Mais, il me reste un problème à résoudre, même si j’ai fini le trek, je suis toujours assez loin des routes fréquentées et je dois me trouver un lift jusqu’à Hobart.

Un trou dans ma chaussure

Les dernières marques de boue (noter la différence de bronzage)

Je vous réserve la fin de ce périple et le retour à Mildura ainsi qu’une petite surprise dans le prochain article !

Le plus heureux des hommes

@ bientôt sur les routes du monde

Jérémy

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Article rédigé par Jérémy