Into the Wild Tasmania : Vers le bout du monde

Jan
2012
16

posted by on Evènements, Trek en Tasmanie

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J’espère que vous êtes bien préparé car je vous emmène dans pas loin de 10 jours de trek au milieu de nul part. Avec dans mon sac à dos, une bonne tente et de quoi subvenir à mes besoins. Ça va être dur, ça va être humide, ça va être plein de bébêtes et de passages ardus à négocier, mais ça s’annonce également magnifique  ! Aujourd’hui je vous emmène avec moi sur la Port Davey/South Coast track pour rejoindre les coins les plus sauvages de la Tasmanie !

Etape 1: Premier jour sur l’Overland

Etape 2: Trek sur l’Overland Track Tasmanie

Etape 3 : Transition

Etape 4 : Doutes

Etape 5 : Découverte


1er étape : Les doutes

Jour 1

Jour 1

Il fait froid quand j’ouvre les yeux. Pas autant que mes souvenirs de l’Overland mais suffisamment pour que la pensée de rester bien au chaud dans mon sac de couchage fait plus que m’effleurer l’esprit. Mais si je suis là ce n’est pas pour être confortable ! Alors je me sors de mon nid douillet prêt à affronter les épreuves de la journée. Je n’entends pas de pluie sur ma toile de tente et c’est bon signe. Je prépare et mange mon petit-déjeuner (toujours le même, celui du champion) et range mes affaires. A la seconde ou je sors la toile imperméable de ma tente, une averse me prend par surprise. Heureusement, je suis pas encore au milieu de nul part et je peux m’abriter le temps que ça passe. Et ça passe … Mais pour combien de temps ? Je hisse mon sac sur mon dos, il est quand même bien plus lourd mais ça va, et je me dirige vers le début de la piste. Alors que je réalise mes premiers pas sur la Port Davey track deux choses arrivent presque simultanément. J’ai une brève pensée : « Jérémy, dans quoi tu es en train de t’engager » qui est aussitôt chassé par la pluie qui recommence à tomber. J’ai connu meilleur début.

Il pleut, je traverse des bosquets à la végétation dense entremêlée d’arbres couchés. Tout est humide, mon sac est lourd et il fait loin de faire chaud en ce matin. J’ai aussi la fâcheuse tendance à penser que je suis en train de tourner en rond car il va s’en dire que ce chemin est bien moins marqué que l’Overland. Les dernières personnes à s’être enregistré l’ont fait il y a plus de 6 mois ! D’un autre coté, j’ai pas non plus beaucoup de choix et c’est avec un léger doute que je suis la piste qui semble la plus claire. Après une heure, la pluie a stoppé et le soleil pointe le bout de son nez. Je traverse alors une grande plaine marécageuse entourée de petites montagnes. Le paysage est vraiment magnifique mais la piste est difficile. Je patauge littéralement dans la boue à hauteur de genou. Chaque pas demande toujours plus d’effort. L’étape fait seulement 7 kilomètres mais avec toute cette boue ça va me prendre des heures. Après 2 heures, peu à peu du dénivelé vient s’ajouter. Ça monte, ça descend, c’est plein de boue, mon sac pèse sur mes épaules d’autant que mes appuis sont fébriles. Je glisse et manque de tomber dans la boue un nombre incalculable de fois et pour couronner le tout la pluie se remet à tomber.

Le bush et les montagnes

J’ai aucune idée de combien de kilomètres il me reste à parcourir. Je suis sur la 1er étape d’un trek de plus de 150km et j’en peux plus. La pluie, la boue, les glissades répétées et cerise sur le gâteau je viens juste de perdre mes lunettes de soleil dans la boue. Je m’assoie sur une souche qui craque sous mon poids. Pose mon sac et pense sérieusement à faire marche arrière et … Non ! Je savais que cela allait être difficile et que j’allais souffrir autant moralement que physiquement. Je l’ai cherché et je l’ai trouvé ! Peut-être plus vite que je ne le pensais mais j’ai commencé et je vais finir ! Je plonge ma main moite dans une poche de mon sac et sors le meilleur remède contre les baisses de moral, un paquet de bonbons. J’en savoure quelques-uns, profitant avec délices de leurs effluves sucrées qui envahissent ma bouche. Quelques grammes de délicatesse dans ce rude univers qui ne semble pas vouloir de moi. Je me redresse, réajuste mon sac et repars dans la boue, sous la pluie de Tasmanie.

C’est après 4h30 de peine, à lutter dans la boue, à perdre mes appuis et finir une ou deux fois les fesses mouillés, à pester contre la pluie et mon puncho qui vient se coller devant mes yeux que j’arrive à une rivière de quelques mètres de large.  Le courant semble soutenu mais le guet n’est pas profond. Je traverse et en profite pour me débarbouillé car, d’une part ça fait du bien de ne plus être couvert de boue et d’autre part, elle est susceptible de transporter un parasite qui ravage les plantes locales. Sur la rive opposée, impossible de trouver mon chemin, je fais plusieurs aller et retour entre la rivière et les bois alentours tentant de trouver la piste, mais rien n’y fait. Soudain, je réalise qu’un arbre tombé cache une piste potentielle. Avec difficultés je passe au travers et, ô miracle, je trouve ma piste qui monte tranquillement. Je la suis et arrive à la première aire de camping. 1er journée fini … et non sans peine.

Quand je dis aire de camping, c’est plus un espace suffisamment dégagé pour planter sa tente car bien entendu, il n’y a aucune facilité. Je monte ma tente rapidement pour éviter de mouiller mes affaires. J’enlève ensuite toutes mes affaires trempées et les suspend dans les arbres alentours. Je m’occupe ensuite de quelques hôtes qui profitent d’un repas gratuit sur mes jambes. Et finalement, je me glisse dans ma tente. Même si il est toujours relativement tôt, cette première journée m’a tué autant physiquement que mentalement. Mais comme le phénix, demain je renaitrai de mes cendres pour un nouveau jour.

Jour 2

Jour 2

Une pluie fine me souhaite la bonne journée alors que je plie ma tente pour cette nouvelle étape. J’ai relativement bien dormi et je sens que je vais avoir besoin de toute ma volonté pour achever cette nouvelle étape d’environ 20km. Malgré la pluie, les conditions sont un peu meilleures qu’hier. Il y a moins de boue (maximum cheville et en de rare occasion genou) et moins de dénivelé. Ainsi, je suis une vallée dans un paysage plutôt dégagé. Je marche dans un cours d’eau formé par la pluie de ces 3 derniers jours. C’est peu profond mais ça reste glissant. Cette étape est un étape d’endurance et lorsque j’atteins la moitié du trajet, la pluie s’est arrêté et le soleil pointe son nez entre deux nuages. Je suis face à une rivière plus large que tout ce que j’ai eu à traverser pour le moment. Le courant semble modéré et je suis incapable de juger la profondeur car l’eau est opaque. J’aime pas ça car c’est typiquement le genre de situation dangereuse que je cherche à éviter surtout au milieu de nulle part. Je m’arme d’un baton et commence à sonder. Entre 30 et 40cm d’eau, c’est juste la limite pour traverser à guet. Avec mon baton pour l’équilibre et sonder d’éventuels trous, je commence la traversé. Le courant est un peu plus fort que je ne le pensais, mais ce n’est pas assez profond pour me faire perdre équilibre. Finalement, j’arrive sur la berge opposé sans problème ou je décide de faire ma pause repas.

Alors, que je profite d’un délicieux wrap salami fromage, la pluie se remet à tomber. Encore … C’est le signe pour moi de refaire mon sac et de continuer ma route. Je quitte cette vallée pour une nouvelle. En fait, je quitte la première, je traverse la largeur de la seconde pour suivre la piste sur le versant de la montagne opposé. Et c’est ici que les choses se compliquent. D’abord, les flaques de boue deviennent de plus en plus profonde, je me suis retrouvé plusieurs fois avec de la boue à mi-cuisse. Ensuite, régulièrement la piste descend vers un bosquet dense au milieu duquel coule un petit cours d’eau. Rien de bien compliqué mais la végétation des alentours  est si dense et baigne dans la boue qu’il est difficile de progresser. De plus, je dois faire une pause de 5 minutes toutes les 45 minutes car sinon le poids de mon sac rend ma progression trop inconfortable. J’avance lentement sous cette pluie incessante enchainant les flaques de boue et les traversées de denses bosquets.

Plus de Bush et de montagnes

Les heures passent et la fatigue, l’usure du temps et de la marche envahissent mon corps. J’essaie de rester concentrer sur mon objectif, je me dis que le prochain endroit pour camper et proche. Je regarde la ligne rouge sur ma carte diminuée à chaque fois que je jette un coup d’oeil dessus. Le problème c’est que la fatigue entraine des baisses d’attention, ceux qui entrainent plus de glissade et maladresse, ceux qui me demandent plus d’efforts pour compenser, ceux qui me fatiguent encore plus. Un jolie cercle vicieux. Et mon moral petit à petit dérive du coté obscur. L’apogée survient quand je m’aperçoit que mon matelas, fixé sur le haut de mon sac a glissé et est tombé sans que je m’en aperçoive. Plus de matelas, rime avec nuit de moins bonne qualité.

Comment je peux être aussi maladroit, pourquoi j’ai pas vérifié les fixations lors de mes régulières pauses. Je me déteste, je me haie l’espace de quelques secondes. Mais tout ces beaux sentiments ne vont pas me faire avancer. Je me concentre sur ma respiration et vide mon esprit. Je dois être proche maintenant, il faut pas craquer !

Parfois je regarde le bush entre mes genoux alors que je suis en train de me remettre d'aplomb et, aussi surprenant qu'il n'y parait, le bush reste du bush !

Maintenant, je marche parce qu’il faut aller de l’avant. J’essaie d’oublier mon matelas, d’oublier la pluie, la piste boueuse et glissante, la végétation qui me barre le chemin m’égratigne, les sangsues qui profitent de mon sang chaud et sucré. Je met un pied devant l’autre car je n’ai pas vraiment le choix. Et soudain, après un dernier virage, je me retrouve sur un espace assez dégagez pour planter ma tente. Un peu plus de 9h, c’est ce qu’il m’a fallu pour parcourir les 20 kilomètres. Je monte rapidement ma tente et dans un dernier effort je vais me débarbouillé dans le ruisseau voisin. Avec plaisir, je rentre dans ma tente, mange un morceau et je regarde un moment les sangsues grimper sur l’extérieur de la toile interne avant de sombrer dans un sommeil réparateur …

A suivre …

Partie 2 : Vers le bout du monde (en cours de rédaction)

PS : Désolé, pas beaucoup de photos, mais j’avais pas la tête à ça !

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Article rédigé par Jérémy